Comment la Russie renforce ses partenariats et étend son influence en Afrique

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Légende image, Moscou accueillera le sommet Russie-Afrique, alors que Poutine cherche à renforcer les liens avec l'ensemble du continent
    • Author, Collins Nabiswa
    • Role, BBC Monitoring
  • Published
  • Temps de lecture: 10 min

Le renforcement des relations entre la Russie et les gouvernements militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger sera au cœur du troisième Sommet Russie-Afrique, qui se tiendra à Moscou les 28 et 29 octobre 2026.

Ce sommet devrait aborder les thèmes du commerce, de l'investissement, de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques, des systèmes de paiement, de la numérisation et de la sécurité alimentaire. Son importance dépendra de sa capacité à déboucher sur de nouveaux accords susceptibles d'être mis en œuvre.

La participation des dirigeants des trois pays membres de l'Alliance des États du Sahel (AES) a été confirmée par le vice-ministre russe des Affaires étrangères. Cette participation intervient alors qu'ils renforcent leur coopération diplomatique et en matière de sécurité avec Moscou, après avoir mis fin ou réduit leurs relations avec leurs principaux partenaires occidentaux dans ce domaine.

En juillet, la Russie et l'AES ont convenu de poursuivre des consultations structurées portant sur la coopération politique, sécuritaire, économique et sociale.

La Russie offre aux trois gouvernements du personnel militaire, du matériel, des formations et un soutien politique, tandis que l'AES présente son changement de cap en matière de politique étrangère comme une volonté de renforcer sa souveraineté.

Pour Moscou, ces partenariats constituent un accès stratégique et une occasion de contester l'influence occidentale.

Le groupe Wagner a joué un rôle central dans l'expansion initiale de la Russie dans le domaine de la sécurité au Sahel. À la suite du décès de son fondateur, Evgueni Prigojine, en 2023, Moscou a pris des mesures pour placer une grande partie de ses activités de sécurité en Afrique sous un contrôle étatique plus étroit. L'Africa Corps, rattaché au ministère russe de la Défense, a par la suite repris bon nombre des fonctions de Wagner dans la région.

Les partenariats de sécurité de la Russie n'ont pas encore permis d'endiguer la violence au Sahel, où des groupes armés continuent de prendre pour cible des sites militaires et civils.

Une affiche annonçant le sommet Russie-Afrique est exposée dans le centre de Moscou le 26 octobre 2026, deux jours avant le sommet.
Légende image, Le troisième Sommet Russie-Afrique se tiendra à Moscou les 28 et 29 octobre 2026.

Participants confirmés au sommet

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Au 21 octobre, les autorités russes avaient confirmé que les dirigeants du Burkina Faso, du Mali et du Niger participeraient au sommet. Le Kenya et l'Ouganda avaient également confirmé, par l'intermédiaire de leurs ambassadeurs, la participation de leurs présidents respectifs. Le journal togolais *Matin Libre* a rapporté, le 20 octobre, que 12 autres pays africains devraient également envoyer leurs dirigeants.

Les liens que ces 17 pays entretiennent avec Moscou vont de partenariats sécuritaires établis à des engagements diplomatiques et des coopérations sectorielles spécifiques.

Au Sahel, le Burkina Faso, le Mali et le Niger collaborent avec la Russie dans les domaines de la défense et de la sécurité — avec un soutien politique et une coordination assurés via l'Alliance des États du Sahel (AES) — tout en développant des échanges dans les secteurs des mines, de l'énergie, du commerce, de l'éducation et des médias. Le Kenya et l'Ouganda maintiennent, quant à eux, une coopération avec Moscou dans des domaines tels que le commerce, l'éducation, la santé et la sécurité.

En République centrafricaine (RCA), le soutien sécuritaire lié à la Russie s'accompagne d'intérêts commerciaux dans l'exploitation de l'or et des diamants, tandis que le Tchad a engagé des relations diplomatiques avec Moscou, assorties d'une possible coopération en matière de sécurité.

Les relations de la Russie avec la République démocratique du Congo (RDC) portent sur des intérêts économiques, éducatifs et liés aux ressources naturelles ; la coopération avec le Rwanda concerne le secteur de la santé, tandis que les liens avec la République du Congo s'étendent aux domaines économique et institutionnel.

L'Égypte demeure un partenaire privilégié dans les secteurs de la défense, de l'énergie et du commerce. En ce qui concerne le Soudan, les intérêts russes se concentrent en partie sur la sécurité, l'or et la région stratégique de la mer Rouge. Bien que des installations navales aient été évoquées, rien ne confirme, à ce jour, l'établissement d'une base navale russe dans ce pays.

Le Soudan du Sud entretient des liens diplomatiques avec Moscou, mais l'ampleur de leur coopération concrète demeure moins claire.

Par ailleurs, l'engagement de la Russie en Tanzanie inclut le développement de l'uranium, des liaisons maritimes et, plus récemment, l'installation d'un bureau régional de médias publics russes. Madagascar, de son côté, a mené des initiatives culturelles visant à promouvoir la langue russe, tout en bénéficiant d'un soutien militaire.

La Guinée-Bissau et le Burundi entretiennent également des relations diplomatiques avec Moscou, bien qu'il n'y existe, dans ces deux pays, que peu de projets opérationnels d'envergure.

Selon *Matin Libre*, Moscou attendait encore, à cette date, une réponse de la Libye, de l'Algérie, du Nigeria, de la Guinée équatoriale et du Zimbabwe concernant leur participation.

Sécurité et partenariats maritimes

Au-delà du Sahel, les relations de la Russie en matière de sécurité vont des contrats d'armement de longue date aux déploiements et aux accords d'accès stratégique. L'Algérie achète du matériel militaire russe depuis des décennies, tandis que l'Égypte entretient des liens avec Moscou dans les domaines de la défense et de l'énergie.

En République centrafricaine, des réseaux de sécurité liés à la Russie ont soutenu le gouvernement et se sont associés à des intérêts commerciaux liés aux exportations d'or, de diamants et d'essences rares.

En Libye, Moscou a tissé des liens avec des acteurs militaires et politiques basés dans l'est du pays, s'assurant ainsi un point d'ancrage entre la Méditerranée et le Sahel.

Selon l'Agence suédoise de recherche sur la défense, plus de 65 escales de navires de guerre russes ont été recensées dans au moins 18 pays africains entre 2020 et 2025.

L'Afrique du Sud a accueilli en janvier l'exercice naval « Will for Peace 2026 », mené par la Russie, la Chine et l'Iran. Des navires-écoles russes ont également fait escale dans des ports du Mozambique, de Tanzanie et des Seychelles en 2026.

Mines, énergie et commerce

Les intérêts économiques de la Russie se concentrent sur certains secteurs, notamment les mines, le nucléaire, les céréales et les engrais. Des entreprises russes et des réseaux d'affaires liés à la Russie ont investi dans l'or, les diamants, l'aluminium et l'uranium.

En République centrafricaine et au Soudan, des réseaux liés au groupe Wagner ont été impliqués dans les exportations d'or et de diamants, ainsi que dans des relations sécuritaires. Ailleurs, les intérêts russes dans les ressources naturelles incluent l'exploitation du diamant en Angola et au Zimbabwe, le développement de l'uranium en Tanzanie et l'exploration géologique au Mali.

L'intérêt de la Russie pour l'uranium a également été évoqué en Namibie, tandis que des projets proposés au Niger prévoient l'exploration minière.

L'énergie nucléaire fait également partie de l'engagement à long terme de la Russie en Afrique. La société d'État Rosatom est impliquée dans la centrale d'El Dabaa en Égypte, actuellement en construction.

Un accord intergouvernemental de 2014 avec l'Afrique du Sud prévoyait une capacité de production allant jusqu'à 9,6 GW répartie sur huit réacteurs, mais n'a pas abouti à leur construction. Moscou a également discuté de coopération nucléaire avec le Burkina Faso et le Mali.

Les exportations russes de céréales et d'engrais témoignent des relations commerciales avec l'Égypte, l'Algérie, la Libye, le Kenya, le Soudan, la Tunisie, l'Éthiopie et l'Afrique du Sud, tandis que les approvisionnements alimentaires ont également été au cœur des échanges diplomatiques.

En juin 2022, Macky Sall, alors président de l'Union africaine, et Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l'UA, ont rencontré Vladimir Poutine à Sotchi, alors que les inquiétudes grandissaient quant aux perturbations des approvisionnements céréaliers suite à l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Santé, éducation et culture

La Russie a également tissé des liens étroits avec l'Afrique grâce à la coopération dans le domaine de la santé, aux bourses d'études, aux partenariats universitaires et aux programmes culturels. On peut citer, par exemple, la collaboration avec l'Ouganda sur les outils de diagnostic de la souche Ebola Bundibugyo, un cadre de coopération sanitaire avec le Rwanda et des accords de santé avec le Zimbabwe et l'Afrique du Sud.

La Russie offre des bourses d'études et des places universitaires aux étudiants africains et soutient les partenariats académiques ainsi que les cours de russe. Des programmes ont été mis en place au Maroc, à Madagascar, au Mali, au Mozambique, en Ouganda, au Zimbabwe, en Tanzanie, en Zambie, au Nigéria et en Sierra Leone, entre autres pays.

Les Maisons russes et les centres culturels associés organisent régulièrement des cours de langue, des expositions et des événements publics. En Somalie, le Centre Pouchkine promeut l'enseignement du russe.

 La table ronde photographiée lors de la session intitulée « L'Afrique doit s'unir, sinon l'Afrique n'est pas un seul pays : comment les médias peuvent relier les différentes parties du continent », dans le cadre du troisième sommet et forum économique et humanitaire « Russie-Afrique », au Centre national « Russie », à Moscou.

Médias et communication russes en Afrique

Les diffuseurs internationaux russes RT et Sputnik, en partenariat avec des organisations médiatiques africaines, constituent un canal supplémentaire pour l'engagement de Moscou.

Les accords de partage de contenus incluent le partenariat entre TV BRICS et le radiodiffuseur public mozambicain TVM, ainsi que la coopération entre RT et la chaîne camerounaise Afrique Média. Des accords impliquant des organisations médiatiques russes ont également été signalés au Kenya, en Éthiopie, en Tunisie, en Ouganda et en République démocratique du Congo.

Les responsables russes ont présenté ce sommet comme s'inscrivant dans une démarche plus large visant à approfondir la coopération économique et politique. Le 21 octobre, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a déclaré que Moscou prévoyait de signer « un ensemble substantiel d'accords internationaux et de contrats commerciaux ».

En septembre, Vladimir Poutine a affirmé que la Russie accordait une « attention particulière au développement global des relations avec l'ensemble des pays africains ».

Dans un entretien publié par Interfax le 22 octobre, Irina Abramova, directrice de l'Institut pour l'Afrique au sein de l'Académie des sciences de Russie, a qualifié les sanctions occidentales d'obstacle à la coopération, précisant que certains pays africains les craignent, « souvent sans raison valable ».

Elle a soutenu que la Russie — qui, a-t-elle rappelé, n'a jamais colonisé l'Afrique — pouvait être un partenaire sur un pied d'égalité, et qu'il convenait de trouver des alternatives pour contourner les sanctions. Mme Abramova a cité l'Algérie, l'Afrique du Sud et le Nigeria comme partenaires traditionnels, tout en désignant le Mali, le Niger et le Burkina Faso comme des partenaires émergents de premier plan.

Le discours russe s'appuie fréquemment sur des critiques de la politique occidentale et de l'histoire coloniale, des thèmes qui trouvent un écho dans les débats africains sur la souveraineté.

Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a par ailleurs accusé la France de tenter de dissuader les dirigeants africains de participer au sommet, dans des propos diffusés en septembre par la chaîne publique Pervy Kanal (Channel One).

Au Sahel, le discours russe rejoint l'accent mis par les gouvernements de l'Alliance des États du Sahel (AES) sur la souveraineté et la résistance à l'influence occidentale. Des acteurs politiques locaux, des militants et des réseaux médiatiques contribuent à diffuser ces récits, tandis que l'AES déploie ses propres ambitions en matière de communication, notamment à travers des initiatives telles que Tafouk TV, lancée en septembre 2026.

Les partenariats de la Russie en Afrique demeurent vastes mais inégaux, allant de relations établies dans les domaines de la défense et du commerce à de simples propositions ou accords exploratoires. Le sommet offrira à Moscou une tribune pour démontrer son rayonnement diplomatique ; toutefois, la simple présence de participants et les discours tenus ne suffiront pas à établir la profondeur réelle de son influence.

Le test décisif consistera à déterminer si les engagements se traduisent par des projets concrets, une coopération durable et des bénéfices tangibles pour les partenaires africains.