En costume et bottes : Comment Joseph Kabila est passé de président à chef rebelle

Un homme d'âge mûr, à la moustache grisonnante, sourit à l'objectif, vêtu d'un manteau bleu et d'une chemise à rayures bleues et rouges, assis devant un arrière-plan naturel flou.
    • Author, Ondiro Oganga
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  • Temps de lecture: 10 min

Joseph Kabila était commandant de l'alliance rebelle qui a porté son père au pouvoir en République démocratique du Congo en 1997, il lui a ensuite succédé à la présidence et aujourd'hui, à 55 ans, il est de nouveau un chef rebelle.

Comble de l'ironie, l'homme qu'il a juré de renverser est celui-là même à qui il a remis le pouvoir après 18 ans à la tête du pays, et avec qui il avait formé un gouvernement de coalition après sa démission. L'un des groupes rebelles qu'il avait combattus en tant que président fait désormais partie de sa nouvelle alliance.

Sa carrière reflète la nature changeante de la politique en RDC, où les alliances sont éphémères et le recours à la force une menace constante.

Lorsque Kabila a été nommé chef du Front pour la refondation de la nation (FRN), au début du mois, cela a confirmé ce que de nombreux Congolais pensaient depuis longtemps : que l'ancien président travaillait avec les rebelles du M23, qui ont pris l'année dernière le contrôle d'une grande partie de l'est de la RDC, y compris les principales villes de la région, Goma et Bukavu.

Néanmoins, cette confirmation a provoqué une onde de choc en République démocratique du Congo – un vaste pays représentant les deux tiers de la superficie de l'Europe occidentale, avec d'énormes gisements d'or, de diamants et, plus important encore, de minéraux utilisés pour fabriquer tout, des téléphones portables aux batteries pour véhicules électriques.

Pour Kabila, cette alliance représente une voie possible pour reconquérir le pouvoir qu'il avait perdu.

Pour les rebelles du M23, son implication apporte l'expérience et les réseaux d'un ancien chef d'État à un mouvement dont les avancées militaires ne se sont pas encore traduites par une large légitimité nationale.

Mais il est loin d'être certain qu'ils puissent atteindre leur objectif déclaré de destituer le président Félix Tshisekedi.

Deux hommes en costume bleu marine, chemise blanche et cravate bleu marine se serrent la main en souriant à l'objectif. Celui de droite porte une écharpe bleu ciel, rouge et jaune.
Légende image, Kabila (à gauche) et le président Tshisekedi ont formé une coalition politique en 2019.
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L’analyste politique Henry-Pacifique Mayala a déclaré à la BBC que Kabila n’avait plus guère d’options pour regagner de l’influence politique.

"Il n'avait en réalité pas d'autre choix", a-t-il déclaré.

Condamné à mort par contumace pour trahison et visé par des sanctions américaines en raison de son soutien présumé au M23, Kabila aurait pu chercher à obtenir des garanties que ce partenariat puisse servir ses intérêts, a suggéré Mayala.

"Je ne suis pas sûr qu'il fasse ce grand saut dans le vide sans avoir reçu d'assurances considérables", a indiqué Mayala, ajoutant que la force militaire du M23 pourrait donner à Kabila un plus grand levier dans d'éventuelles négociations futures avec le gouvernement congolais.

L’implication de Kabila soulève également des questions quant à la possibilité que le conflit s’étende au-delà de l’est du pays.

Les gains territoriaux du M23 se sont concentrés dans les provinces orientales du pays, à quelque 1 500 km de la capitale, Kinshasa.

Les réseaux politiques de Kabila pourraient donner à la rébellion une plus grande portée, mais cela ne signifie pas nécessairement qu'elle a la capacité d'étendre sa campagne militaire à l'ensemble du pays.

Et l'étendue de l'influence nationale de Kabila reste floue.

Durant son mandat, après sa nomination suite à l'assassinat mystérieux de son père Laurent en 2001, il était souvent perçu comme un étranger à Kinshasa. Il se sentait bien plus à l'aise en swahili, la langue véhiculaire de l'est de la RDC et de l'Afrique de l'Est, qu'en lingala, la langue parlée à Kinshasa.

Le groupe rebelle de son père a en fait traversé le pays à pied jusqu'à Kinshasa, en partant également de l'est, sur une période de sept mois, avant de finalement prendre le pouvoir en mai 1996 et de destituer le dirigeant de longue date Mobutu Sese Seko, qui avait gouverné le pays comme sa propre propriété personnelle pendant plus de 30 ans.

Rien ne laisse penser que le FRN de Joseph Kabila tenterait de réitérer cet exploit, mais en début de semaine, il a comparé Tshisekedi à Mobutu.

"Vous avez un tyran qui veut imposer et dicter ce qu'il pense être juste et ne pas nécessairement suivre la constitution, qui est la loi suprême du pays", a-t-il confié à Conspiracy Trackers Great Lakes (CTGL), un groupe de recherche pro-M23.

Un groupe de femmes couvertes de boue à côté de seaux de pierres et de terre.
Légende image, La République démocratique du Congo est riche en minéraux, notamment en or, que ces femmes recherchent.

Kabila a accusé le gouvernement d'utiliser la peine de mort, mettant fin au moratoire instauré sous sa propre présidence, pour intimider les civils, les politiciens et les membres de l'armée, ainsi que lui-même.

"C'est une affaire personnelle", a-t-il déclaré.

Il a présenté son affrontement avec Tshisekedi comme une lutte contre l'autoritarisme, invoquant l'article 64 de la constitution, qui appelle les citoyens à résister à quiconque s'empare du pouvoir ou l'exerce en violation des dispositions constitutionnelles.

Selon certaines rumeurs, Tshisekedi envisagerait de modifier la constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat, la coalition de partis d'opposition C64, qui tire son nom de cette même section de la constitution, faisant campagne contre une telle initiative.

Mais, signe qu'il n'obtiendra peut-être pas gain de cause, la coalition C64 a refusé cette semaine de soutenir la rébellion de Kabila, affirmant que les multiples crises sécuritaires que connaît le Congo ne peuvent être résolues par la seule force militaire. Elle a annoncé son intention d'engager des pourparlers directs avec Tshisekedi et Kabila afin de parvenir à ce qu'elle a qualifié de "véritable dialogue national inclusif".

Richard Moncrieff, analyste des Grands Lacs au sein du groupe de réflexion International Crisis Group, a déclaré que le président Tshisekedi conservait des avantages substantiels.

"Tshisekedi bénéficie d'un soutien américain important. Il a beaucoup d'argent. Et il contrôle globalement le système politique et, d'après ce que nous pouvons constater, le système militaire", a déclaré Moncrieff.

Dans sa première réaction publique à la nomination de Kabila à la tête du FRN, Tshisekedi a été sans appel : "À mon avis, c’est tout simplement la preuve qu’il n’a jamais aimé ce pays, et encore moins ses habitants", a-t-il déclaré la semaine dernière.

Pourtant, il est largement admis que Kabila a contribué à ce que Tshisekedi lui succède, plutôt que Martin Fayulu, qui était le véritable vainqueur des élections de 2018, selon les résultats divulgués par l'Église catholique, qui avait des observateurs dans tout le pays.

Un homme à la barbe blanche, vêtu d'un uniforme de combat et d'une casquette assortie, se tient sur un podium devant un drapeau bleu, jaune et rouge.
Légende image, L'ancien chef des élections Corneille Nangaa est l'un des adjoints de Kabila.

En effet, l’ancien chef de la commission électorale qui a annoncé Tshisekedi vainqueur, Corneille Nangaa, l’a dit.

Devenu l'un des adjoints de Kabila au sein du FRN, il a affirmé que Kabila et Tshisekedi étaient parvenus à un accord politique avant même l'annonce des résultats définitifs des élections.

"Je peux confirmer que j'ai participé à la rédaction de l'accord", a souligné Nangaa à France 24 en septembre 2023. "Tshisekedi est un menteur. Il sait qu'il y avait un accord et il sait ce qu'il contenait."

Tshisekedi a toujours affirmé avoir remporté l'élection légitimement.

Après les élections contestées, Kabila et Tshisekedi ont conclu un accord de partage du pouvoir qui a permis à la coalition de Kabila de conserver le contrôle du parlement même après l'entrée en fonction de Tshisekedi en janvier 2019.

L'accord s'est effondré en décembre 2020, lorsque Tshisekedi a entrepris de briser la domination parlementaire de Kabila et de constituer sa propre majorité. Les anciens alliés sont devenus rivaux, et Kabila s'est exilé volontairement en Afrique du Sud.

Depuis son exil, les critiques de Kabila à l'égard de Tshisekedi se firent plus virulentes.

Il est retourné en République démocratique du Congo en 2025 et a comparu à Goma, alors sous contrôle rebelle. En septembre de la même année, un tribunal militaire l'a condamné à mort par contumace pour des accusations incluant la trahison et le financement de la violence dans l'est du Congo.

À l'époque, il avait rejeté les accusations.

Un autre aspect intrigant de cette annonce concerne la relation de Kabila avec le président rwandais Paul Kagame.

Deux hommes en costumes bleu marine, chemises blanches et cravates bleues sont assis à une table et regardent dans des directions opposées.
Légende image, Les présidents Kagame (à gauche) et Tshisekedi ont signé un accord de paix à Washington en novembre 2025, mais les combats se poursuivent dans l'est du Congo.

Au début de sa présidence, les relations entre la République démocratique du Congo et le Rwanda étaient tendues, ce dernier reprochant à son puissant voisin de ne pas en faire assez pour éradiquer de son territoire les milices hutues impliquées dans le génocide rwandais de 1994. Leur présence dans ce qui est aujourd'hui la RDC a servi de prétexte aux interventions militaires répétées du Rwanda, depuis son soutien à la rébellion de Laurent Kabila.

Le M23 a été formé en 2012, jurant de défendre les droits des Tutsis et de les protéger contre ces milices, mais aussi de combattre l'armée congolaise, sous le contrôle de Joseph Kabila.

Dès le départ, le Rwanda a été accusé de les soutenir. Il a toujours nié ces allégations, et continue de le faire malgré des preuves accablantes.

Cependant, les relations s'améliorèrent par la suite et le gouvernement de Kabila travailla avec le Rwanda contre les milices hutues.

Alex Adams, directeur du programme Afrique au Conseil européen des relations étrangères, a déclaré que la nomination de Kabila comme chef rebelle pourrait aligner ses intérêts sur ceux du président rwandais, même si leurs objectifs diffèrent.

"Kabila souhaite regagner de l'influence politique au niveau national, tandis que Kagame se préoccupe avant tout de la sécurité du Rwanda et de sa position stratégique dans l'est du Congo. Il s'agit d'une alliance de circonstance plutôt que d'un partenariat fondé sur une confiance profonde", a-t-il affirmé.

L'analyste politique Mayala a déclaré que l'implication de Kabila pourrait aider le Rwanda à contrer les accusations selon lesquelles il s'ingérait dans les affaires intérieures du Congo.

"C’est un ancien président. C’est enfin une rébellion congolaise", a-t-il déclaré.

Un homme en uniforme de combat porte des fusils AK-47 à l'épaule, appuyés par une autre arme en bandoulière, tandis qu'il est flanqué de trois autres soldats en arrière-plan.
Légende image, Les rebelles du M23 ont pris le contrôle d'une grande partie de l'est de la RDC l'année dernière.

Avant même la désignation de Kabila comme chef de la rébellion, les combats se poursuivaient malgré un accord de paix supervisé par Donald Trump l'année précédente.

Cet accord prévoyait notamment la signature par les États-Unis d'un contrat autorisant l'exploitation des richesses minières de la RDC, et les États-Unis semblent depuis lors avoir pris parti pour Tshisekedi en imposant des sanctions à divers responsables et organismes rwandais, les accusant de prolonger les violences.

Les élections sont prévues pour 2028, mais Tshisekedi a averti que les combats dans l'est du pays pourraient retarder le scrutin.

Dans ce contexte, Kabila s'est demandé si les élections à elles seules pouvaient résoudre la crise politique du pays.

"Le Congo a-t-il besoin d'élections ou d'une révolution ?", a-t-il demandé, arguant qu'une paix durable nécessitait une refonte fondamentale du pouvoir exécutif et législatif du pays.

L'analyste en sécurité internationale Ovigwe Eguegu affirme que Kabila compte sur la force militaire pour regagner son influence politique, tandis que Tshisekedi semble tenter de prolonger son mandat au-delà de ce que permet la constitution.

"Il semble que le peuple congolais soit perdant dans tous les cas, car aucun des deux camps ne présente de plan de transformation économique crédible pour l'est du Congo et pour l'ensemble du pays", a indiqué Eguegu.

Reportage complémentaire d'Emery Makumeno à Kinshasa.

À droite de la bannière, une femme portant des lunettes de soleil sur la tête, une veste en jean et un t-shirt jaune, regarde son téléphone portable. Un logo de BBC News Africa en noir et rouge apparaît à gauche de l'image, sur un fond brun doré clair.

Nous avons utilisé l'IA pour aider à traduire cet article, rédigé à l'origine en anglais. Un journaliste de la BBC a vérifié la traduction avant sa publication. En savoir plus sur la manière dont nous utilisons l'IA.