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Est-ce le début de l'indépendance économique de l'Afrique ?
De la construction d'une nouvelle raffinerie d'or en Éthiopie à celle d'une raffinerie de pétrole de plusieurs milliards de dollars au Kenya, de nombreux pays africains cherchent de plus en plus à valoriser leurs ressources en les transformant localement plutôt que de les vendre à l'état brut.
Ces évolutions s'inscrivent dans un effort plus vaste visant à renforcer les industries nationales, à créer des emplois et à réduire la dépendance aux importations grâce à la transformation des produits à partir de ressources africaines.
En Éthiopie, une raffinerie d'or, dont le coût dépasse 50 millions de dollars, devrait permettre au pays de transformer son or localement avant de le vendre sur les marchés internationaux.
Le gouvernement éthiopien s'est également associé au milliardaire nigérian Aliko Dangote pour la construction d'une usine d'engrais. Parallèlement, la construction d'un oléoduc reliant l'Éthiopie à Djibouti a débuté. Ce projet, d'une valeur de plus de 660 millions de dollars, devrait faciliter le transport du pétrole du port de Djibouti vers l'Éthiopie.
Au Burkina Faso, Ibrahim Traoré a récemment inauguré la première raffinerie d'or du pays.
Ce qui permet au pays de francheir une nouvelle étape dans la gestion de ses ressources naturelles.
Au-delà du raffinage de sa propre production, le Burkina Faso ambitionne également de devenir un pôle régional de transformation de l'or.
De son côté, le Kenya poursuit son projet de construction d'une raffinerie de pétrole, dont le coût est estimé à environ 16 milliards de dollars. Si elle est achevée, elle sera la première du genre en Afrique de l'Est. Ces projets témoignent d'une nouvelle orientation, selon laquelle les pays africains ne veulent plus se reposer uniquement sur l'extraction et la vente de ressources, mais souhaitent également développer des industries capables de produire des biens à plus forte valeur ajoutée.
"L'Afrique doit construire son propre avenir"
Il est rare d'évoquer cette ambition sans mentionner Aliko Dangote, l'un des plus grands investisseurs africains.
"Nous ne pouvons pas bâtir une Afrique plus forte si nous continuons à dépendre des autres", a déclaré Dangote.
"Personne de l'extérieur ne viendra construire une Afrique meilleure à notre place. C'est à nous, Africains, d'y parvenir."
Dangote, dont les investissements couvrent des secteurs tels que le ciment, l'énergie, les engrais et les transports, est impliqué dans certains des plus grands projets industriels du continent.
Il estime que les pays africains devraient transformer leurs ressources localement plutôt que d'exporter des matières premières sans les transformer et d'acheter ensuite des produits manufacturés à l'étranger.
"Il est temps pour l'Afrique de se réveiller et de se concentrer sur le développement de son économie", a-t-il affirmé.
Cependant, Dangote souligne que les barrières commerciales demeurent l'un des principaux obstacles à la croissance économique du continent.
"Un défi majeur pour le développement économique de l'Afrique réside dans les barrières qui entravent la circulation des personnes, des biens et des services entre les pays africains. J'espère que l'Accord de libre-échange africain contribuera à résoudre ce problème", a-t-il conclu.
« Nous voulons raffiner tous nos métaux sur place… nous voulons avoir l'ensemble de la chaîne de valeur sur place », a pour sa part, déclaré Ibrahim Traoré lors de l'inauguration de la raffinerie à Ouagadougou.
Efforts visant à accroître la valeur des ressources
Les experts affirment que les efforts visant à valoriser les ressources par leur transformation locale ne sont pas nouveaux.
Marit Kitaw, spécialiste des politiques minières à la Division des affaires économiques de la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique, attribue cette tendance au lancement de la Vision minière africaine en 2009.
Ce plan visait à relever un défi de longue date : malgré les vastes richesses minérales de nombreux pays africains, les revenus miniers n'ont pas entraîné un développement industriel généralisé ni une amélioration significative du niveau de vie des citoyens.
Mwendia Nyaga, consultant en énergie, explique que la croissance démographique africaine oblige également les gouvernements à rechercher de nouvelles pistes pour stimuler la croissance économique et créer des emplois.
Avec l'arrivée chaque année de millions de jeunes sur le marché du travail, les pays sont incités à développer les opportunités économiques et à construire des industries capables d'employer davantage de personnes.
"Pendant de nombreuses années, les pays en développement ont exporté des matières premières pour ensuite importer les produits transformés", a déclaré M. Nyaga.
"L'idée de réduire les importations en produisant ces produits localement n'a pas été une priorité. Les changements de politique que nous observons actuellement peuvent contribuer à inverser cette tendance."
De l'extraction de l'or à son raffinage local
L'or illustre les efforts déployés par les pays africains pour développer leurs économies fondées sur les ressources naturelles.
De l'Afrique du Sud au Ghana, en passant par l'Ouganda, le Burkina Faso et l'Éthiopie, ces pays investissent dans des raffineries d'or nationales plutôt que d'exporter de l'or brut pour y être transformé.
Actuellement, 14 pays africains possèdent des raffineries d'or.
La raffinerie Rand, en Afrique du Sud, est la plus grande et la plus ancienne du continent. Depuis sa création en 1920, elle a raffiné environ un tiers de l'or mondial.
L'Éthiopie figure parmi les derniers pays à avoir rejoint cette liste.
La raffinerie nationale éthiopienne de métaux précieux, située dans la zone industrielle de Bole Lemi à Addis-Abeba, devrait raffiner de l'or destiné aux marchés national et international.
Selon les responsables, à pleine capacité, l'usine pourra raffiner jusqu'à 600 tonnes d'or par an.
Le Dr Marit affirme que les retombées de ce projet dépassent le simple cadre des recettes d'exportation.
"Ce projet créera davantage d'emplois pour les jeunes et les femmes, contribuera au développement des compétences locales et facilitera l'accès aux technologies et aux connaissances modernes", déclare-t-il. Cependant, les experts préviennent que la simple présence de raffineries ne suffira pas à transformer les économies africaines. Les pays doivent bâtir des systèmes industriels plus vastes, exploitant les ressources existantes pour produire une gamme variée de produits.
Dr Marit cite l'exemple des réserves de phosphate de l'Éthiopie. Au lieu d'exporter du phosphate brut, explique-t-il, le pays pourrait l'utiliser pour produire localement des engrais. Cela permettrait de valoriser la ressource et de réduire sa dépendance aux importations.
L'Éthiopie a lancé un projet de construction d'une usine d'engrais au Somaliland, en partenariat avec le groupe Dangote.
Pour un pays longtemps dépendant des engrais importés, ce projet illustre comment les ressources naturelles peuvent être combinées à des activités industrielles pour produire des biens à plus forte valeur ajoutée.
L'économiste Marid Tulu affirme que la sécurité alimentaire, la production d'énergie et le développement industriel sont de plus en plus étroitement liés.
Il souligne qu'à mesure que l'Afrique développe sa production d'énergie et renforce ses infrastructures économiques, ses pays seront mieux à même de gérer leurs ressources et de développer des industries produisant des biens à forte valeur ajoutée.
Pourquoi la coopération économique régionale est-elle importante ?
Les experts estiment que les efforts de développement industriel en Afrique seront plus fructueux si les pays coopèrent plutôt que de tenter individuellement de construire leurs propres usines sans tenir compte des opportunités offertes par leurs voisins.
Dr Marit affirme que les marchés régionaux jouent un rôle clé dans la réalisation de cet objectif.
"Si l'Éthiopie possède une raffinerie d'or, pourquoi la Tanzanie devrait-elle investir autant d'argent pour en construire une autre ex nihilo ?", s'interroge-t-il.
Selon lui, la Tanzanie pourrait au contraire envoyer son or en Éthiopie pour y être raffiné. Il ajoute qu'il est nécessaire de renforcer la coopération commerciale, de partager les infrastructures et d'attirer les investisseurs.
Des exemples de cette coopération sont déjà visibles dans certaines régions du continent.
En Afrique australe, le corridor de Lobito relie l'Angola, la Zambie et la République démocratique du Congo (RDC) par voie ferrée et portuaire, afin de faciliter le transport des minéraux et autres marchandises.
En Afrique de l'Est, le projet de corridor LAPSSET, impliquant le Kenya, l'Éthiopie et le Soudan du Sud, figure parmi les principales initiatives d'infrastructure visant à renforcer l'intégration économique régionale.
Les partisans de ces projets affirment qu'ils pourraient réduire les coûts de transport, améliorer l'accès aux marchés et dynamiser les échanges commerciaux entre les pays. Cependant, les experts avertissent que des défis majeurs persistent et pourraient retarder le développement des industries africaines.
Des infrastructures inadéquates, un accès limité aux capitaux, des pénuries d'électricité et des barrières commerciales continuent d'entraver la production dans de nombreux pays.
Selon Nyaga, la transformation de l'ancien système économique, longtemps fondé sur l'exportation de matières premières et l'importation de produits transformés, prendra du temps.
Il perçoit néanmoins l'importante population africaine et l'expansion de son marché de consommation comme une formidable opportunité.
"Notre plus grande richesse, c'est notre population. Nous disposons d'une main-d'œuvre qualifiée, d'une économie en forte croissance et d'un marché de consommation en expansion. C'est une opportunité extraordinaire", affirme-t-il.
Aujourd'hui, les gouvernements, les investisseurs et les décideurs politiques africains s'interrogent de plus en plus sur la pertinence du système d'exportation de matières premières et d'importation de produits transformés pour le développement économique du continent.
La réussite de ces changements dépendra de l'accès aux capitaux, de l'amélioration des infrastructures, du renforcement de la coopération régionale et de la mise en œuvre efficace des politiques de développement.