Orpaillage en Guinée : ce que l'on sait du rapatriement de milliers de Burkinabé de Siguiri

Published
Temps de lecture: 6 min

Des milliers de burkinabé sont en voie d'être rapatrier des sites d'orpaillage artisanal de la région de Siguiri, dans le nord-est de la Guinée, près de la frontière avec le Mali. Cette opération dont la nature est décriée par Ouagadougou fait suite à un certain nombre de mesures édictées par Conakry.

A la suite de plusieurs "missions d'inspections et d'évaluation conduites ces derniers mois dans la région administrative de Siguiri", et ayant établi "une dégradation alarmante de l'environnement, imputable à l'exploitation anarchique des ressources minières, en particulier de l'or, par des opérateurs artisanaux qui ne respectent pas la règlementation en vigueur", les autorités guinéennes ont publié un communiqué conjoint lu le 2 novembre dernier à la télévision nationale (RTG) pour interdire totalement l'exploitation anarchique de l'or.

Les raisons évoquées par Conakry

Dans son communiqué signé par cinq ministres, le gouvernement guinéen a souligné l'état de la dégradation engendrée par l'exploitation anarchique de l'or qui se traduit par :

• "La destruction des sols, des terres agricoles et du couvert végétal par l'usage d'engins lourds.

• La pollution et l'ensablement du fleuve Niger, Djoliba, du Tinkisso et de leurs affluents qui constituent une zone humide d'importance internationale (site Ramsar Niger-Tinkisso).

• L'utilisation de drague et toute extraction ou tout lavage de minerais dans le lit ou sur les berges des cours d'eau.

• L'utilisation d'explosifs, de mercure, de cyanure et de tout autre produit chimique dangereux.

• L'exploitation minière interdite dans les lits et sur les berges des cours d'eau, sur les terres agricoles et les pâturages, dans les aires protégées et les forêts classées, ainsi qu'aux abords des agglomérations et des infrastructures publiques".

Dans le même document, les autorités guinéennes ont annoncé des mesures de sécurité avec "un déploiement permanent des forces de défense et de sécurité est engagé dans la région administrative de Siguiri pour faire respecter les présentes mesures", l'association "des unités des armées, de la Gendarmerie nationale, de la Police nationale, des douanes, du corps des conservateurs de la nature, et assure une surveillance de jour comme de nuit", entre autres.

"Des contrôles sont institués sur les axes routiers et fluviaux et aux points d'entrée de la région de Siguiri afin d'empêcher l'acheminement d'engins lourds, de dragues, d'explosifs et de produits chimiques destinés à l'exploitation illégale", a indiqué le gouvernement.

"Les unités et les services vérifieront l'identité et la régularité du séjour des personnes présentes sur les sites. Les étrangers en situation irrégulière feront l'objet de procédures prévues par la loi", a expliqué le texte.

Conakry a aussi "formellement interdit à tout citoyen d'apporter, à quelque titre que ce soit, la protection à une personne physique ou morale dans le cadre de cette procédure", et prévenu que "tout manquement sera puni de sanctions disciplinaires, sans préjudice des poursuites judiciaires".

L'opération fait donc suite à ces différentes mesures annoncées par les autorités guinéennes le 2 novembre dernier.

Les réactions des autorités burkinabé

Mandaté le président du Faso et le Premier ministre pour aller évaluer la situation, identifier les différents problèmes, et aussi apporter l'assistance nécessaire à leurs compatriotes, le ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana a réagi à ces mesures d'expulsions et condamné la méthode utilisée.

"Il faut souligner que cette opération, malheureusement, est fort déplorable et regrettable parce qu'on se dit qu'une telle opération ne peut quand même pas être déclenchée sans une planification, et qui parle de planification parle aussi d'évaluation des conséquences et des implications", a confié Mahamadou Sana à la BBC.

Selon lui, "en aucun cas, ni les autorités maliennes, ni les autorités burkinabè n'ont été informées à l'avance de cette opération". Rien, dit-il, ne leur a été servi pour leur permettre "d'anticiper également sur ce qui se passe actuellement".

Mahamadou Sana a aussi fait état de blessés enregistrés, "même parfois des blessés par balles".

"Ce qui laisse croire que nos compatriotes ont subi des traitements cruels, inhumains et dégradants en tant que pays frères, cela réellement est regrettable et il était nécessaire de souligner cela", a-t-il souligné.

L'autre mission également assignée au ministre burkinabé est aussi "de voir dans quelle mesure organiser de façon digne et décente le rapatriement de nos compatriotes".

Les moyens déployés et la contribution de Bamako

Après que plusieurs centaines de Burkinabè fuyant le déguerpissement avaient traversé la frontière pour se réfugier sur le territoire malien, ils ont été recueillis et assistés par les autorités maliennes.

Un "important afflux de ressortissants de diverses nationalités actuellement constaté à la frontière entre le Mali et la Guinée, en direction du district de Bamako", a souligné mardi un communiqué d'un service du ministère de la Sécurité et de la Protection civile du Mali, parcouru par l'AFP.

Ce Centre de coordination et de gestion des crises (CECOGEC) indique que "cette situation découle des mesures prises par les autorités guinéennes pour mettre fin à l'orpaillage clandestin et illégal sur le territoire guinéen", a indiqué l'AFP.

"Toutes les dispositions nécessaires sont prises par les autorités compétentes afin d'assurer un accueil dans les conditions appropriées aux personnes concernées, ainsi que leur acheminement vers leurs pays d'origine respectifs", selon le même communiqué.

Le Burkina Faso a salué les mesures prises par le Mali, (dans le cadre de l'Alliance des Etats du Sahel-AES), pour faciliter l'accueil, la prise en charge et le rapatriement de ses ressortissants.

"Des mesures ont été déjà prises par nos frères du Mali en termes d'accompagnement et d'assistance humanitaire. Toute chose qui a permis aussi de soulager nos compatriotes", a révélé le ministre burkinabé de la Sécurité.

"Une centaine de bus a été déjà mobilisés, dont 50 sont déjà en route sur le territoire malien pour que dès demain, nous puissions organiser ce rapatriement", a-t-il annoncé.

Mahamadou Sana a révélé aussi qu'à "partir du Burkina Faso, des sites d'accueil ont été déjà identifiés" pour les accueillir. Ce qui permettra d'organiser "également le retour de ces compatriotes dans leurs familles respectives".

Il faut souligner que le gouvernement guinéen n'a pas jusqu'ici communiqué sur la situation des ressortissants burkinabé.

Plusieurs ressortissants ouest-africains, dont de nombreux burkinabé, travaillaient dans les mines artisanales d'or en Guinée.